|
Une maison bien conservée vaut-elle
vraiment plus cher sur le marché ?
Dans le marché montréalais, selon des experts du marché immobilier, une maison au cachet patrimonial
et bien entretenue possède vraiment une valeur marchande supérieure. Cependant, toutes les propriétés
résidentielles de ce type profitent-elles de manière égale de cette « valeur ajoutée » ? Voyons les
nuances qu’il convient d’apporter et les considérations à prendre en compte… - Jean-Jacques Bédard
Pour l’évaluateur agréé Marc
Jutras, qui exerce dans les
secteurs centraux de l’île de
Montréal, bien entretenir une propriété
à cachet patrimonial équivaut à faire un
investissement… mais à certaines conditions.
« La valeur sur le marché dépend
de différents facteurs, dont le prix
demandé et l’apparence, mais principalement
de la localisation. Le cas du
Plateau Mont-Royal en est un bon exemple. » Autre illustration : « L’agrandissement
dans les dernières années du
marché Jean-Talon a eu un impact certain
sur la valeur des propriétés de
Villeray et de la Petite-Patrie », affirme
Lison Dubreuil, courtier immobilier
connaissant bien ces quartiers.
De son côté, Georges Bardagi, agent
immobilier de Remax du Cartier, un visage
bien connu dans Outremont, Ville
Mont-Royal et le Plateau Mont-Royal,
précise qu’« une belle maison sur un terrain
sans intérêt dans un coin peu
intéressant n’aura pas systématiquement
une grande valeur. En revanche, une
belle propriété, bien aménagée, avec un
cachet patrimonial, va susciter des offres
multiples, ce qui influe sur le montant
proposé».
Peut-on chiffrer la plus-value d’une maison
patrimoniale bien entretenue ?
Lison Dubreuil reconnaît qu’il est difficile
de l’établir, « mais le prix peut être
jusqu’à 25 % supérieur, sinon un peu
plus, à celui d’une maison ordinaire équivalente, dans le même secteur ».
Tous les trois affirment qu’il y
une clientèle assurée pour la
propriété unifamiliale ou les «plex » dotés d’un cachet patrimonial. «Ce type de maison possède
souvent ce qu’on appelle le
curb appeal, note Georges
Bardagi, c'est-à-dire une belle
apparence, un beau coup d’oeil.
L’acheteur recherche ce type de
maison qui a de la prestance et
qui respecte l’esprit architectural
d’origine du quartier où elle
se trouve. »
Un supplément d’âme
Lison Dubreuil soutient que ce
type d’acheteur est en quête
d’une propriété qui a une âme.
L’aspect intérieur compte aussi
pour beaucoup, selon elle : «Ces
personnes recherchent les
belles boiseries d’origine, les moulures
d’époque, les planchers de bois franc et
les plafonds hauts. »
Son confrère Georges Bardagi abonde
dans le même sens : «On considère et
les éléments extérieurs et les éléments
intérieurs : un toit d’ardoise, des gouttières
en cuivre et une maçonnerie élaborée seront des éléments plus valorisés,
mais l’aménagement intérieur a
son importance. On recherche la
prestance, la luminosité, les espaces de
rangement, le confort, le luxe, en fait
un mariage heureux de l’ancien et du
moderne.» Lison Dubreuil rappelle que
l’état et la qualité de la rénovation des
toitures, des revêtements extérieurs, de
la plomberie et des installations électriques
sont pris en compte par les
acheteurs qui préfèrent l’option clé en
main. Le prix de vente reflétera donc
l’impression laissée par ces éléments.
Acheter une propriété
qui a du potentiel
«Il y a assurément un marché pour celui
qui préfère une maison à restaurer
entièrement ou partiellement. Pour y
faire des travaux à son goût ou bien
pour ne pas tomber sur une maison mal
rénovée ou rénovée avec mauvais goût»,
croit Georges Bardagi. L’évaluateur
Marc Jutras adresse un conseil à ce type
d’amateur de maison patrimoniale : «Il faut être conscient des coûts à prendre
en charge dans une maison moins
bien entretenue malgré son beau potentiel. Il faut tenir compte du facteur « tant-qu’à-y-être », qui fait que des
travaux en entraînent obligatoirement
d’autres, ce qui occasionne des dépenses
imprévues. » Le recours aux artisans
ou aux entrepreneurs spécialisés et
l’achat de matériaux peuvent être coûteux;
les acheteurs avisés doivent en
tenir compte.
Il exhorte d’ailleurs un peu tout le
monde à la prudence, en rappelant que
les conditions du marché immobilier
peuvent changer et être moins favorables
aux vendeurs. « Les nouveaux
propriétaires pourraient faire face à des
périodes d’appréciation plus longues
que ce que nous avons connues depuis
quelques années», note-t-il.
Un intérêt manifeste
Nos trois experts s’entendent pour dire
qu’il y a des tendances propres à ce
marché immobilier. Ils affirment néanmoins
qu’une nouvelle génération de
propriétaires manifeste un intérêt accru
pour la rénovation «patrimoniale». Ces
ménages sont motivés: on les voit changer
des escaliers en aluminium par du fer
forgé ou par du bois, plus en accord avec
les matériaux et le design d’origine.
Certains installent des portes et fenêtres
qui imitent les modèles anciens. D’autres
font refaire la maçonnerie, les corniches
ou les boiseries extérieures au goût
d’autrefois. D’autres encore, qui apprécient
la vie urbaine, cherchent des
duplex avec le projet de les convertir en
cottages de manière à avoir un espace
habitable convenant mieux à leurs
besoins.
Marc Jutras reconnaît que les réglementations
municipales en la matière ne
sont pas étrangères à cet engouement. Il
se réjouit de cette tendance et conclut
que, suivant son goût et son intérêt, un
acheteur trouve habituellement son
compte en acquérant une propriété à
cachet patrimonial. Et c’est une tendance
qui bénéficie à tout le monde :
une maison adéquatement bichonnée
contribue à l’embellissement de son
quartier et à nourrir la fierté et le sentiment
d’appartenance de l’ensemble de
ses résidants.
|