Le Prix d’excellence Ivanhoé Cambridge est remis à la Congrégation des Sœurs de Sainte-Anne pour avoir bâti et entretenu de superbe façon le magnifique ensemble conventuel, situé sur le boulevard Saint-Joseph à Lachine, depuis quelque 150 ans, véritable joyau de l’histoire et du patrimoine architectural de Montréal.
En 1850, mère Marie-Anne, déclarée bienheureuse Marie-Anne Blondin par le Pape Jean-Paul II le 29 avril 2001, fonde à Vaudreuil les Sœurs de Sainte-Anne, une petite communauté de religieuses enseignantes. Elle caresse un rêve : rendre l’école pour filles et garçons accessible aux enfants des campagnes.
Le 20 février 1861, sœur Marie-Jeanne-de-Chantal, supérieure générale, signe à Montréal l’acte d’achat par lequel la Compagnie de la Baie d’Hudson cède à la communauté, pour la somme de 2 000 louis (8 000 $), le Manoir Simpson et ses dépendances situés sur le boulevard Saint-Joseph à Lachine. Sans ressources, la communauté devra emprunter pour faire le premier versement.
L’ensemble conventuel des Sœurs de Sainte-Anne
L’architecture des ensembles conventuels se caractérise généralement par un complexe de bâtiments et d’annexes ayant plusieurs fonctions. Au cours des ans se greffent à une première construction de nouveaux bâtiments qui répondent aux besoins grandissants des sœurs : pensionnat, maison mère, noviciat, généralat…
L’ensemble conventuel des Sœurs de Sainte-Anne adopte la forme reconnaissable d’un E majuscule ouvert sur le boulevard Saint-Joseph. Le sanctuaire, couronné de son magnifique dôme néoclassique et de sa croix qui s’élève à 120 pieds au-dessus de la rue, en constitue la branche médiane. L’ouvrage se compose de six constructions érigées entre 1862 et 1961 qui se démarquent par leur grande unité architecturale. Le jury de l’Opération patrimoine architectural de Montréal a été sensible à la qualité de l’entretien de ces immeubles au cours des ans.
Le bâtiment le plus ancien, le pensionnat Villa-Anna, a été construit de 1862 à 1864. Le nom de son architecte est inconnu. Adoptant un style néoclassique, que l’on reconnaît à la sobriété, à l’ordonnance et à la symétrie des différents éléments architecturaux, ce bâtiment donnera le ton aux cinq autres constructions. Enfin, les murailles en pierre, qui ont remplacé les palissades en bois en 1889, évoquent aussi une époque marquante pour la région, celle du développement du canal de Lachine.
Si ces bâtiments plus que centenaires témoignent de la présence et du dévouement des religieuses dans l’arrondissement, de même que des sacrifices que les pionnières ont dû faire, ils rappellent aussi l’attachement de la population locale à cette communauté. Plus d’une fois, en effet, les paroissiens furent appelés à participer à l’édification des diverses parties de ce lieu, que ce soit par des corvées, par l’œuvre du sanctuaire ou par des donations.
La vente du Couvent Sainte-Anne au Collège adjacent le 22 juin 2010, s’inscrit, pour la Congrégation des Sœurs de Sainte-Anne, dans l’esprit de continuité de leur mission, soit l’éducation de la jeunesse.
Le prix du patrimoine commercial est remis aux entreprises Gestion Georges Coulombe et Manufacture Raymond pour la restauration de l’édifice La Sauvegarde, situé aux 150-152, rue Notre-Dame Est, dans l’arrondissement historique du Vieux-Montréal.
En 1913, la compagnie d’assurance-vie La Sauvegarde inaugure son nouveau siège social, un immeuble de dix étages qu’elle occupera jusqu’en 1974. Les architectes Saxe & Archibald conçoivent un immeuble qui souligne la réussite de l’entreprise canadienne-française fondée par Guillaume-Narcisse Ducharme en 1901.
À côté des bâtiments environnants moins élevés, l’immeuble fait alors figure de gratte-ciel. Les architectes ont conçu un immeuble revêtu de pierre de taille rehaussé d'une impressionnante corniche. La fenestration se distingue par le regroupement des baies sous un arc centré qui accentue la verticalité de la composition.
Gestion Georges Coulombe a d’abord fait réaliser une étude historique et patrimoniale du bâtiment, ainsi qu’un rapport sur son état, afin d’évaluer le type d’intervention requis pour chaque élément. Les plans et devis ont été exécutés par Gilbert Sauvé, architecte. Les travaux de restauration de la maçonnerie, notamment le rejointoiement des éléments de granit et de grès jaune comportant plusieurs détails sculptés, ont été effectués par la firme Restauration DYC. L’entreprise Manufacture Raymond a réalisé la restauration de la magnifique corniche, avec ses impressionnantes consoles ouvragées, ainsi que la réfection des éléments décoratifs métalliques, fortement endommagés par le temps.
Ce prix rend hommage à Gestion Georges Coulombe pour le soin exemplaire apporté à cet édifice remarquable et reconnaît le travail exceptionnel des professionnels et des artisans qui ont permis de redonner à l’immeuble toute sa prestance d’origine. Rappelons que Georges Coulombe a déjà remporté, à titre individuel, le Prix d’excellence SITQ de l’Opération patrimoine architectural de Montréal en 2008.
AEdifica architecture + design et le Groupe de ressources techniques Bâtir son quartier remportent le Prix de la mise en valeur du patrimoine pour la réalisation de la Coopérative d’habitation Station No 1, un projet de recyclage réussi d’un ancien immeuble industriel au cœur de l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.
La Coopérative d’habitation Station No 1, façonnée à même l’ancienne station d’électrification de la Shawinigan Water and Power Company, abrite 74 logements abordables et écologiques créés dans le cadre d’un programme de la Société d’habitation du Québec. Le projet met en lumière la possibilité de densifier, de ranimer et d’enrichir un quartier comme celui de Hochelaga-Maisonneuve en mettant en valeur la continuité historique, culturelle et sociale des lieux.
Au bâtiment original, construit en 1903, on a greffé une structure autoportante pour abriter les logements à l’intérieur de l’enveloppe existante. Deux portes cochères donnent accès à la cour intérieure, où la nef centrale a été évidée et autour de laquelle un système de coursives mène aux quatre niveaux d’appartements. Dominée par un pont roulant exposé, cette cour rappelle le caractère industriel de l’ensemble.
Deux agrandissements, construits de part et d’autre de la partie centrale du bâtiment original, complètent le projet et forment un judicieux amalgame entre nouveaux matériaux et matière recyclée. Essentiellement revêtus des quelque 96 000 briques patiemment récupérées lors de la démolition et de la création de percées, ces ailes s’inscrivent dans la continuité du cadre bâti. Ce projet de recyclage sera certifié LEED-NC.
Le jury tient aussi à souligner la qualité du travail de l’entrepreneur, le Groupe Dargis, et de la firme d’ingénieurs Genius conseil, pour la structure. Un superbe projet de recyclage offrant à un immeuble patrimonial industriel une toute nouvelle vocation résidentielle.
Le Prix de l’artisan est attribué à Atelier de ferblanterie MBR pour la qualité remarquable de son travail dans le domaine de la restauration d’éléments patrimoniaux architecturaux et ornementaux. Pascal Grenier a créé l’Atelier de ferblanterie MBR en 2004, après avoir œuvré pour différentes entreprises de toiture pendant une dizaine d’années.
L’atelier s’emploie notamment à la restauration des couronnements, des corniches et des toitures de maisons patrimoniales. L’entreprise peut compter sur le savoir-faire d’ouvriers expérimentés et minutieux qui travaillent avec des matériaux nobles tels le bois, l’ardoise et le cuivre.
L’Atelier MBR se démarque par ses méthodes de travail traditionnelles semblables à celles utilisées par les artisans d’autrefois. Ainsi, le métal est plié à la main et les pièces des corniches, martelées sur pièce de bois, aucun moule n’étant plus disponible aujourd’hui. Le résultat obtenu est de grande qualité et respecte le caractère original des éléments architecturaux.
La contribution de cette entreprise à la sauvegarde de la richesse patrimoniale de Montréal justifie grandement l’attribution du Prix de l’artisan 2011.
Le Centre communautaire de la Petite Italie et l’Atelier d’Architecture Saroli Palumbo remportent le Prix d’intégration architecturale pour l’agrandissement de la Casa d’Italia, le célèbre immeuble du 505, rue Jean-Talon Est dans l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, à proximité de la Petite-Italie.
Immeuble de style Art déco, conçu par l’architecte italo-montréalais Patsy (Pasquale) Colangelo (1907-1984) avec la participation de Guido Nincheri, le célèbre décorateur du Château Dufresne, la Casa d’Italia a été construite en 1936 sur un terrain offert par la Ville de Montréal à l’instigation du maire Camilien Houde.
Pendant de nombreuses années, la Casa fut le lieu de rassemblement et d’orientation des nouveaux arrivants en provenance d’Italie. Des travaux d’agrandissement, exécutés par le Groupe de Gestion et de Construction Loffredo, ont été nécessaires pour adapter cet endroit mythique à sa nouvelle mission de lieu de mémoire et d’activités culturelles.
Le projet comprend un agrandissement le long des rues Jean-Talon, Lajeunesse et Berri, ainsi que sur l’emplacement de l’ancienne ruelle. L’échelle et le volume de l’agrandissement, de même que l’utilisation d’une brique d’argile, assurent la continuité entre l’ajout et la partie ancienne du bâtiment. De plus, un bandeau de pierre au niveau du soubassement vient ceinturer tout le bâtiment et relier les deux parties.
Sur la rue Jean-Talon et le mur adjacent à la ruelle, les nouvelles fenêtres, en rythme de trois bandes de mur-rideau, reprennent la composition verticale des ouvertures existantes. La façade sur la rue Lajeunesse répond harmonieusement à la nouvelle partie sur la rue Jean-Talon et l’inscription de maçonnerie MAISON D’Italie, récupérée sur le bâtiment existant, a été réinstallée sur la nouvelle façade. La fenestration de la Rotonde de la rue Berri a repris sa forme d’origine.
Les travaux d’agrandissement auront permis de restaurer la maçonnerie des façades. En effet, les briques endommagées ont été remplacées par des briques retirées du mur arrière et les insertions de pierre artificielle ont été nettoyées et réparées afin de leur redonner leurs formes et apparence d’origine.
D’autre part, le nouveau volume sur la rue Berri est largement vitré, et il est couronné par une marquise en saillie qui reprend la courbe de la rotonde. L’utilisation d’un revêtement métallique et d’un mur-rideau confère une expression contemporaine au bâtiment.
La nouvelle Casa d’Italia sera inaugurée le 1er novembre 2011, à l’occasion du 75e anniversaire de sa fondation et des célébrations du 150e anniversaire de l’unification de l’Italie.
Le jury de l’Opération patrimoine architectural de Montréal tient à rendre un hommage tout spécial à Claude Belzil pour son rôle exceptionnel au sein de l’Atelier d’histoire de la Pointe-aux-Trembles et son immense contribution à la mise en valeur de l’histoire et du patrimoine de ce secteur.
En 1998, Claude Belzil, retraité de la Ville de Montréal où il a œuvré durant 32 ans, reprend en main l’Atelier d’histoire mis sur pied en 1992, afin de poursuivre le travail réalisé par la Société historique de la Pointe-aux-Trembles entre 1974 et 1985. L’Atelier s’active en vue des fêtes du 325e anniversaire de la fondation de la paroisse Saint-Jean-Baptiste, la plus ancienne paroisse rurale de Montréal (1674). Pour l’occasion, l’organisme sans but lucratif publie un petit livre sur les 325 ans d’histoire de Pointe-aux-Trembles, qui est distribué aux résidants et aux élèves du quartier.
En septembre 2000, l’Atelier d’histoire convainc la Ville de Montréal d’acquérir le vieux moulin à vent datant de 1719, puis participe à sa restauration ainsi qu’à l’aménagement du terrain adjacent en parc thématique avec la Ville et le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine. Claude Belzil devient d’ailleurs président de l’Association des moulins du Québec. L’ouverture officielle a lieu au printemps 2009. L’année suivante, l’Atelier fait paraître une publication sur le moulin.
Avec une équipe de 12 Pointeliers bénévoles, qui constituent les membres actifs, et appuyé par 400 membres-amis, l’Atelier, qui collabore depuis de nombreuses années à la programmation de l’OPAM, poursuit toujours ses recherches, documente, archive et publie, tout en créant de nombreuses animations. Quant à Claude Belzil, il travaille activement à assurer sa relève pour passer le flambeau.
Le jury de l’Opération patrimoine architectural de Montréal tient à rendre un hommage spécial à Parcs Canada, dont c’est le 100e anniversaire cette année, pour sa participation à la mise en valeur de plusieurs sites historiques et patrimoniaux montréalais.
Mentionnons d’abord l’importante intervention de Parcs Canada sur le canal de Lachine et ses berges, que l’agence administre depuis 1978. L’histoire du canal de Lachine s’inscrit dans l'interdépendance entre la navigation, l'industrialisation et l'urbanisation ayant marqué le développement du pays. Ce secteur est aujourd’hui en pleine revitalisation.
Deux sites riches en histoire relèvent directement de Parcs Canada. D’abord, le lieu historique national du Commerce-de-la-Fourrure-à-Lachine, où une exposition dynamique recrée la grande épopée des explorateurs et des coureurs de bois dans un bâtiment ancien abritant un entrepôt de fourrures à la fin du 18e siècle.
Ensuite, le lieu historique national de Sir-George-Étienne-Cartier dans le Vieux-Montréal. La maison familiale de ce père de la Confédération canadienne a été soigneusement reconstituée selon les goûts et les usages de la bourgeoisie montréalaise vers 1860. C’est le seul intérieur victorien ouvert au public à Montréal.
Parcs Canada a aussi soutenu financièrement des projets de restauration ou de mise en valeur de certains sites montréalais, notamment l’oratoire Saint-Joseph, la bibliothèque Atwater et le boulevard Saint-Laurent.
Rappelons que c’est en 1911 que Parcs Canada, le premier service de parcs nationaux au monde, a vu le jour. Depuis, un vaste réseau de 42 parcs naturels, 949 lieux historiques – dont 167 gérés par l’agence – et 4 aires marines de conservation a été mis sur pied, permettant de protéger les trésors naturels et culturels du pays.