La Société d’archéologie et de numismatique de Montréal, qui célèbre cette année son 150e anniversaire, reçoit le prestigieux Prix d’excellence Ivanhoé Cambridge de l’Opération patrimoine architectural de Montréal 2012.
Cette « société savante », comme on disait à l’époque, a été créée en 1862 par un groupe de Montréalais ayant à leur tête Adélard J. Boucher (1835-1912), musicien, professeur, éditeur de périodiques musicaux et grand collectionneur, et Stanley Clark Bagg (1820-1873), notaire, et l’un des plus importants propriétaires fonciers de l’île de Montréal. Au fil des ans, par ses publications, ses conférences et surtout ses nombreuses interventions publiques, la Société, toujours active aujourd’hui, a poursuivi sa mission de conserver, d’étudier et de mettre en valeur le patrimoine de Montréal.
La réalisation la plus marquante de la Société d’archéologie et de numismatique de Montréal fut, dans les années 1890, de sauver de la démolition le Château Ramezay, alors propriété du gouvernement du Québec; puis, de réussir à transformer l’immeuble en musée d’histoire, le plus ancien du genre aujourd’hui au Québec. En 1929, la Société acquiert le Château de son propriétaire d’alors, la Ville de Montréal, en cédant 10 000 de ses précieux livres à la bibliothèque municipale. La même année, le Château Ramezay devient le premier monument classé à Montréal par la Commission des monuments historiques du Québec. C’est toujours cette même Société qui dirige les destinées du Château Ramezay, du Musée et de ses collections depuis son inauguration le 1er mai 1895. Aujourd’hui, le Musée du Château Ramezay poursuit sa mission avec dynamisme et créativité.
Parmi les autres contributions du lauréat du Prix d’excellence Ivanhoé Cambridge à l’histoire et au patrimoine de Montréal, notons des interventions publiques pour la mise en valeur des fortifications du Champ-de-Mars, la sauvegarde de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, le changement d’appellation du square de la Douane rebaptisé place Royale. Soulignons également l’installation des toutes premières plaques historiques identifiant quelque 75 édifices et lieux patrimoniaux marquants de la métropole.
Le prix du patrimoine commercial est remis à la RBC Banque Royale, la firme Martin, Marcotte-Beinhaker Architectes et l’entrepreneur St-Denis Thompson pour la restauration de la maçonnerie de la succursale de la RBC Banque Royale située au 351, avenue Laurier Ouest, dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal.
Cette succursale de la RBC Banque Royale a été construite en 1907 selon les plans de l’architecte Kenneth G. Rea. Sa façade principale, tournée vers l’avenue Laurier, se distingue par son entrée surmontée d’un fronton triangulaire. L’édifice puise au langage de l’architecture classique et sa façade latérale est rythmée par l’alternance de travées en retrait et de larges avancées en pierre. Son revêtement est composé de maçonnerie de terracotta et de pierre calcaire.
Réalisés avec brio en 2010-2011 par la firme Martin, Marcotte-Beinhaker Architectes, les travaux de restauration de la maçonnerie ont débuté après une phase d’expertise approfondie de l’état de la maçonnerie de terracotta émaillé, suivie d'une seconde phase de spécifications techniques et d’élaboration de plans et devis. Tous les détails, les bas reliefs et les sculptures de maçonnerie ont été restaurés, et dans certains cas remplacés. La magnifique corniche décorative à la base du parapet, composée de modillons et de petites sculptures à tête de lions, a retrouvé sa riche apparence d’origine. L’entrepreneur en maçonnerie St-Denis Thompson a su relever un grand défi en réalisant un travail d’une qualité remarquable.
Ce prix rend hommage à la RBC Banque Royale pour le soin exemplaire apporté à cet édifice et reconnaît le travail exceptionnel des professionnels et des artisans qui ont permis de redonner à l’immeuble toute sa prestance d’origine.
La firme Cardinal-Hardy-Beinhaker, architectes et le Groupe Prével remportent le Prix de la mise en valeur du patrimoine 2012 pour le recyclage des bâtiments de l’ancienne usine Imperial Tobacco en un ensemble de quelque 500 unités d’habitation, les Lofts Impérial.
Le complexe industriel Imperial Tobacco, fermé et désaffecté depuis 2003, après 100 ans d’activité, occupe trois îlots à l’angle des rues Saint-Antoine et Rose-de-Lima à Saint-Henri, au cœur de l’arrondissement du Sud-Ouest, un secteur en plein redéveloppement.
Les concepteurs du projet résidentiel les Lofts Impérial ont su exploiter l’architecture industrielle des bâtiments existants. Les façades, recouvertes d’un parement métallique dans les années 1970, ont été rétablies, révélant de larges ouvertures ainsi qu'une élégante structure en béton, dont l’utilisation dans la construction est largement répandue au début du 20e siècle. Insérées dans les coquilles de ces anciens bâtiments industriels, les unités lofts du projet bénéficient d'une hauteur de 13 pieds et d’une généreuse fenestration.
Ce remarquable complexe, dont près de la moitié des unités lofts sont des logements sociaux ou abordables, intègre en outre plusieurs solutions orientées vers le développement durable et le respect de l’environnement : toits verts, eau de pluie recyclée, toitures réfléchissantes, verdissement…
Le jury a tenu à souligner l’exceptionnelle qualité de ce projet de recyclage qui, en plus de mettre en valeur des bâtiments industriels patrimoniaux montréalais, répond avec panache aux orientations municipales en matière d’habitation, de mixité sociale et de densification des quartiers centraux.
Le Prix de l’artisan est remis à BLV Consultant pour la qualité remarquable de son travail dans le domaine de la restauration d’éléments patrimoniaux architecturaux et ornementaux. Benoît Le Vergos a créé l’entreprise en 2006, après avoir œuvré pour différentes entreprises de toiture pendant plus de 20 ans en France et au Québec.
BLV Consultant s’emploie notamment à la restauration de couronnements, de corniches et de toitures de maisons patrimoniales et bénéficie du savoir-faire de Benoît Le Vergos, artisan expérimenté et minutieux qui travaille avec des matériaux nobles tels que l’ardoise, le cuivre et le zinc.
L’entreprise se démarque par ses méthodes de travail traditionnelles semblables à celles utilisées par les artisans d’autrefois. Ses techniques de pliage du métal à la main et de façonnement des pièces de corniche en témoignent. Le résultat obtenu est de grande qualité et respecte le caractère original des éléments architecturaux.
La contribution de cette entreprise à la sauvegarde de la richesse patrimoniale de Montréal justifie grandement l’attribution de ce prix.
Le Prix est remis au Musée des beaux-arts de Montréal et à la firme Provencher Roy + Associés Architectes pour le nouveau pavillon d’art québécois et canadien Claire et Marc Bourgie dont la réalisation a été rendue possible grâce à l’intégration de l’église Erskine & American United Church.
Pour son agrandissement, le Musée des beaux-arts de Montréal avait acquis en 2007 l’église Erskine & American United Church, construite en 1893-1894 selon les plans de l’architecte montréalais d’origine écossaise Alexander Cowper Hutchison. L’intégration de l’église au Musée a permis la transformation durable d’un bâtiment religieux reconnu comme « lieu d’une importance historique nationale » en 1998, la restauration de ses façades ainsi que la mise en valeur de l’amphithéâtre et de la plus grande collection de vitraux Tiffany religieux au Canada.
L’annexe, l’ancienne Sunday School, fortement altérée et détériorée, a été démolie pour faire place aux nouvelles salles d’exposition du musée, installées dans un bâtiment tout neuf de quatre étages. Le volume qui accueille les nouvelles salles se distingue de l’église par sa facture architecturale contemporaine. La sobriété de ses lignes et sa volumétrie même reflètent un souci d’intégration au tissu urbain existant. L’utilisation de matériaux nobles, le verre et le marbre blanc, matériaux « signature » du complexe muséal, permet de relier le nouveau pavillon aux bâtiments existants. L’aménagement d’un jardin de sculptures prolonge l’activité muséale sur le domaine public et permet d’intégrer la rue Sherbrooke au musée.
Le jury tient à souligner le travail exceptionnel des professionnels, des experts et de l’entrepreneur Pomerleau. Le défi que représentait l’agrandissement d’un musée situé au centre-ville, dans un tissu dense et hautement « surveillé », est grandement méritoire.
Le jury de l’Opération patrimoine architectural de Montréal tient à rendre un hommage tout spécial à Alyssane McKale et à Hichan Faridi, propriétaires du commerce Marché 4751 Inc., dans l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, pour les travaux de restauration remarquables réalisés sur cet immeuble commercial.
Cette petite épicerie fine a ouvert ses portes en 2009 dans un quartier en pleine revitalisation. Quelque temps après son ouverture, les jeunes entrepreneurs ont investigué l’histoire de leur local ainsi que celle du quartier où ils se sont implantés, ce qui a été à l'origine de plusieurs travaux de réfection. Au cours de ces travaux, ils ont fait une belle découverte sous l’entablement composé de planches de bois teintes : des vitraux datant des années 30 ainsi qu’un dôme marquant l’entrée en alcôve du commerce, éléments du patrimoine commercial que l’on retrouve rarement dans l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve. Ces commerçants ont instantanément eu un coup de cœur pour ces rappels d’un temps passé et ils ont décidé de restaurer le tout, même si ce n'était pas simple.
Dans un premier temps, ils ont approfondi leurs recherches en tentant de retracer des photos anciennes et en sollicitant la collaboration des professionnels de l’arrondissement. Dans un deuxième temps, ils ont eu recours à un architecte et obtenu une aide financière du programme PR@M-Commerce de la Ville de Montréal. Puis, ils ont eux-mêmes effectué plusieurs travaux sous la supervision de professionnels. Le tout a mené à une restauration exceptionnelle de l’ancien entablement commercial appartenant à l’architecture traditionnelle de Montréal.